Interview d'Isabelle, violon

Interview d’Isabelle, VIOLONISTE, réalisée à Strasbourg le 30.06.2017 par

Hélène Bouchard

Photo isabelle

        I.          Un parcours  classique

 

HELENE- Isabelle, tu as bénéficié d’une formation musicale au conservatoire ?

ISABELLE- Oui, j'ai commencé la musique vers l'âge de 6 ans au conservatoire de musique de Montbéliard, puis le violon un an plus tard. J'ai tout de suite flashé pour le violon et aussi pour mon prof, à qui je suis toujours restée fidèle. Il a été pour moi comme un second père.

HELENE- As-tu commencé la musique d’ensemble au sein de ce conservatoire ?

ISABELLE- En effet, orchestre, musique de chambre…Bref, j’ai suivi un package musical classique complet…

HELENE- Le bac en poche, tu pars faire des études à Strasbourg…

ISABELLE- … mais je n’ai pas voulu quitter mes profs, mes potes, mon mec…. donc j’ai continué en cursus amateur en Franche-Comté.

HELENE- Et puis tu arrêtes la musique en maîtrise, pendant plusieurs années …Pourquoi ? ISABELLE- Le rythme d’étude s’est accéléré, je devais passer des concours, j'ai déménagé .. je n’avais plus le temps… Mais j’ai repris le violon lors de mon passage à Clermont-Ferrand, en intégrant l'orchestre universitaire, fondé et dirigé par Jean Louis Jam, pour une année, passionnante. J'y ai fait la connaissance de Laura, altiste, que j’ai ensuite encouragée à nous rejoindre à l'OSIUP.

Hervé, notre excellent bassoniste, est également passé par le même orchestre.

HELENE- Puis retour à la case départ ?

ISABELLE- Oui, en 2010, je suis retournée dans ma région d’origine et j’ai pu reprendre des cours pendant un an.

HELENE- Et en 2011, c’est la grande année, tu choisis de partir à Paris !

ISABELLE- Spontanément ! J'ai toujours rêvé de vivre à Paris ! Si si…. Une ville magnifique,  dynamique, avec une réelle offre culturelle, l'anonymat, la liberté..  

HELENE- Comment as-tu connu l’OSIUP ?

ISABELLE- En arrivant à Paris, je me suis renseignée pour suivre un cursus amateur…mais on m’a fait comprendre que l’organisation des conservatoires parisiens est quelque peu différente…. et l’année précédente j’avais fait la connaissance de Virginie, hautboïste d’été de l’OSIUP qui m’a recommandé l’orchestre, qui ne fait pas de sélection à l’entrée.

 

 

        II.         L’OSIUP

 

HELENE- C’est donc par une collègue que tu as découvert cet orchestre. Avais-tu des a priori positifs sur cet ensemble ?

ISABELLE- J’aime l’idée, le concept de l’orchestre universitaire, qui s’inscrit dans sa vie culturelle. Ça me donne l’impression d'une certaine ouverture, l'accueil de diverses personnes passionnées et dynamiques, le passage de multiples personnalités !

J’aime l’idée que ces jeunes viennent de villes très différentes, voire de pays étrangers comme c’est le cas des ERASMUS.

HELENE- Quelles ont été tes premières impressions ?

ISABELLE- Très honnêtement, quand je suis arrivée, l’ambiance n’était pas top ! Pour moi en tout cas. Il a fallu composer avec les forces en présence. L’OSIUP est un orchestre de caractères, aussi. Et pas toujours très discipliné ! Je n'avais jamais connu ça avant.

Les premières semaines ont été un peu dures, et si certaines personnes (Sophie, Bruno, Bernard….) à l'époque, ne m'avaient pas "repêchée", j'aurais renoncé à me faire mon trou. Et pourtant, tu as pu constater le chemin parcouru. L'OSIUP, c'est une aventure !

HELENE-…mais tu es restée…Qu’est-ce qui a changé ?

ISABELLE- A l’occasion d’une session estivale, à Autun, j’ai découvert les personnes sous un autre angle, beaucoup plus décontractées…et j’ai compris aussi peu à peu la spécificité de cet orchestre, sa singularité : c’est une association dont le chef, adopté à la majorité, n’est pas membre. Ce sont les adhérents qui « dirigent » administrativement, politiquement, l’orchestre, ce qui génère une vie passionnante. Les débats sont toujours animés !

HELENE- Tu as finalement intégré le CA au poste de trésorière ?

ISABELLE- Oui, de 2013 à 2017, je le cède cette année à Ghislaine, car mon métier m’absorbe trop en ce moment, on ne peut pas tout faire…mais ce fut très enrichissant de participer aux prises de décisions et de faire vivre activement l’association.

J’espère avoir pu transmettre quelques réflexes…. de mon côté j’ai pas mal appris. Il faut parfois savoir prendre sur soi, accepter des décisions qui n’auraient pas été les miennes, mais c’est le jeu…

HELENE- Et comment te sens-tu maintenant au sein de l’orchestre ?

ISABELLE- Bien ! malgré des susceptibilités persistantes au sein du 1er pupitre (dont la mienne). J’ai trouvé une voisine de pupitre formidable avec qui je m’entends très bien. J’aime beaucoup les œuvres qui ont été choisies dans les derniers programmes.

 

        III.        Isabelle et la musique

 

HELENE- Quoique tu sembles pourvue d’un certain tempérament, tu sembles aussi dotée d’un caractère timide, est-ce ça te pose des problèmes en musique ?

ISABELLE- Je suis une pétocharde et je tremble comme une feuille dès qu'il faut jouer seule –

c.f. l’ouverture de Tanneuse!- C 'est aussi pour cette raison que je me suis dirigée vers un orchestre qui recrute sans sélection à l'entrée. C'était le cas à Clermont. C'est le cas de l'OSIUP. Cela peut paraître stupide. Mais c'était primordial pour moi.

En revanche, je n’ai aucun problème pour les prises de parole publiques. C’est propre à la musique. C’est ce qu'on appelle le trac, non ?

 

HELENE- Pourquoi as-tu choisi le violon ?

ISABELLE-Je n’ai pas eu le choix…. mais je n’ai pas contesté non plus : soit le piano, soit le violon…. et lors des journées portes ouvertes du conservatoire, j’ai rencontré un violon, mon prof…. et tu connais la suite !

HELENE- Tes parents font de la musique ?

ISABELLE- Ma mère a appris le piano. Certains de mes grands-parents ont également appris à jouer d’un instrument. Ça faisait partie de l'éducation. HELENE- Quel rapport entretiens-tu avec ton instrument ?

ISABELLE- C’est une partie de moi, comme un membre, au même titre que ma main, c’est le prolongement de mon âme, c’est ma voix…je n’imagine même pas que mon violon se casse, ce serait pour moi un choc psychologique très violent.

HELENE- Il te permet d’exprimer tes émotions ?

ISABELLE- Oui ! « La musique est la langue des émotions » ! Je suis d’accord avec Kant. La musique traduit la vie sur un autre mode que le langage, et puis l’important en orchestre, c’est surtout la connivence entre les musiciens…c’est magique …parfois (rires).

HELENE- Passes-tu du temps à écouter de la musique ?

ISABELLE- Oui, je vais régulièrement voir des concerts. Tous les styles. Et elle est belle, la Philharmonie….  

 

        IV.       Littérature et art.

HELENE- je vais te relire le célèbre poème de Verlaine sur « les sanglots longs des violons » et tu pourras librement t’exprimer sur ton ressenti personnel :

 

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon cœur D'une langueur Monotone.

 

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure

 

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la Feuille morte.

 

La mélancolie véhiculée par les termes sanglots, blessent, langueur , est accentuée par le choix rythmique très spécial de deux vers de 4 syllabes suivi d’un vers de trois syllabes, et ce passage de 4 à 3 provoque un effet de chute qui accentue le sentiment de dépression : Te retrouves-tu dans cette mélancolie véhiculée par le violon ? Est-ce pour toi un instrument idéal pour exprimer sa nostalgie ou un certain mal de vivre ?

ISABELLE- Pas du tout ! Pour moi, le violon permet certes d’exprimer des émotions, mais pas forcément tristes. Je n’aime pas jouer la tristesse ou la mélancolie. J’aime les morceaux dynamiques, j’aime faire sourire les gens et communiquer avec eux, leur donner de l’énergie, communiquer avec le public, je ne veux pas vivre dans la tristesse… HELENE- C’est peut-être un sentiment dont tu te défends… ISABELLE- C’est possible.

HELENE- Et pourtant tu aimes Schubert, Beethoven, et d’une façon générale la musique romantique… ?

ISABELLE- Ah oui, j’adore !

HELENE- Donc c’est exactement le contraire de ce que tu viens de dire concernant la musique triste ou lyrique… !

ISABELLE- Mais je me contredis tout le temps… ! (rires).

Plus sérieusement, je ne pense pas me contredire tant que ça. La joie sur fond de tristesse, le  déchirement, la passion, l’espoir, le désespoir… la vie m'intéressent. J'y trouve toujours quelque chose.

De ce point de vue, la musique de chambre m’a beaucoup apporté. J’y pense quand tu me parles de Schubert. Ça me manque.

 

Mais je vois que tu n’es pas convaincue…. je vais quand même te raconter une petite histoire récente, qui illustre exactement ce que je recherche dans la musique d’ensemble : J’assistais, à la Philharmonie, à une représentation de l’inter contemporain en formation de chambre,  en sextuor, pour La nuit transfigurée d’Arnold Schoenberg. A un moment, c’était magique. J'ai eu l'impression de vivre un instant éternel où j'étais loin, suspendue, mais parfaitement consciente d'être là avec eux. L'émotion parfaite ? Tout s’arrête, tout paraît rester immobile.

HELENE- …et que ressentais-tu ?

ISABELLE- J’étais parfaitement bien. Le bonheur ! C’est ce que je recherche dans la musique…

 

Commentaires (1)

LMC
Merci de nous partager cette interview, c'est réellement très instructif !

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