Interview de clement, percu

Interview de Clément, percussionniste, réalisée à Paris le 1er mars par Hélène Bouchard.

Photo clement 4

  1. UNE FORMATION MUSICALE CONSEQUENTE

HELENE- Clément, tu es né en 1994,  tu as eu la chance d’avoir  bénéficié d’une très bonne formation musicale, qui commence à l’âge de 6 ans et qui dure 12 ans : De 2000 à  2012, tu effectues 2 cycles complets de FM  à l'école municipale de musique de Château-Thierry. Après un an de piano, tu jettes ton dévolu sur les percussions, mais en plus de cela, tu fais 5 ans de guitare classique !  (1 cycle complet).

CLEMENT – Oui, le piano, c’était l’image de la facilité, mais j’ai mal accepté les règles et la discipline qu’il fallait suivre pour progresser… Alors que j’ai abordé les percus avec l’idée qu’il fallait faire des efforts…Quant à la guitare, c’était plus pour me détendre, car c’est plus musical… c’était entre potes… Mais pour en revenir au piano, ça n’a pas été totalement perdu, car j’avais acquis l’expérience du clavier, qu’on aborde dans les claviers à percussion.

HELENE- De 2004 à  2016, tu participes  à l'orchestre du "conservatoire" de
Château-Thierry au pupitre Percussions. Puis  de 2010 à  2015, tu participation à l'OHD (Orchestre d'Harmonie Départemental) de l'Aisne, au pupitre Percussions Cela correspond à tes années lycées, et il s’agit dans ce second ensemble d’une semaine de stage annuel.  Les deux orchestres sont des harmonies. Qu’est-ce qui a changé de l’un à l’autre ?

CLEMENT- Surtout le répertoire. Dans le premier orchestre, c’était des adaptations de musiques de films, et essentiellement de la fanfare et du rock. Dans le second, c’était plus contemporain et plus exigeant.

HELENE- En 2018, c’est-à-dire le mois dernier, tu intègres l'OSIUP, orchestre symphonique. Est-ce une expérience très différente ?

CLEMENT- Pas tant que ça…mais ça a un côté très agréable, cette présence des cordes…

HELENE- Ton intégration se passe bien ?

CLEMENT- Ah oui, c’est comme si j’avais toujours été là, je m’entends bien avec tout le monde…C’est Marion, altiste, qui m’a introduit…J’avais raté en septembre les journées d’intégration de la fac et je ne connaissais même pas l’existence de l’orchestre… Marion est avec moi en master informatique à Jussieu…

HELENE- Les membres de ta famille sont-ils eux-mêmes musiciens ?

CLEMENT- Mon grand-père jouait du violon. Sinon, mon petit frère a suivi une formation similaire à la mienne, excepté les instruments où il a uniquement pratiqué la trompette, jusqu'à il y a à peu près 1 ou 2 ans. Il a suivi une double licence math/musicologie à la Sorbonne avant d'entrer cette année à Louis Lumière en section son.  Il est dans un groupe de rock actif, et une chorale (je crois qu'il y est encore). Il a arrêté l'orchestre à cause des études.

HELENE- Tes parents ?

CLEMENT- Non. Mais ils avaient peur qu’on s’ennuie, ils nous ont donc proposé très jeunes toutes sortes d’activité, musique, escalade, théâtre… Mais même si mon entrée au conservatoire provient de leur choix, cette formation m’a plu, je l’ai suivi volontairement.

 

  1. PERSONNALITE ET INSTRUMENT

HELENE- Je vais maintenant te donner des traits de caractère qu’on attribue traditionnellement aux percussionnistes, et tu vas me dire si tu te reconnais… Le percussionniste est sans doute le musicien le plus éclectique et universel de l’orchestre, celui qui maîtrise le plus grand nombre d’instruments…

CLEMENT- Oui ! Les instruments sont nombreux et très différents les uns des autres : timbales, xylophone, mamba…je trouve ça très agréable de maîtriser des techniques très différentes. On éprouve un sentiment de liberté, avec également un sentiment de puissance car on maîtrise le temps…On est une sorte de Chronos… A l’orchestre, on a un rôle majeur, on est un pilier… au début ça m’a fait peur, car c’est beaucoup de responsabilités mais maintenant je suis plus à l’aise. C’est même un plaisir total.

HELENE- On dit que le timbalier est son propre patron, et que le premier percussionniste doit notamment évaluer le nombre d’instrumentiste requis….As-tu ressenti une hiérarchie dans ton pupitre ?

CLEMENT- De mon expérience, non, on est toujours très soudés. Pour ce qui est des instruments et des musiciens nécessaires, c’est toujours un dialogue avec le chef d’orchestre.

HELENE- Habitué à jongler d’un instrument à l’autre, le percussionniste doit avoir le sens de l’organisation…

CLEMENT- Oui, on doit déménager et ranger ce matériel encombrant, et réfléchir à la disposition des instruments dans l’espace pour ne pas avoir en plein concert à sauter d’un lieu à l’autre. Mais ce sens de l’organisation est limité à la musique, dans ma vie je ne suis pas spécialement organisé…

HELENE- L’adaptabilité et la vitesse de réaction sont les deux qualités majeures du percussionniste, avec évidemment le sens du rythme…

CLEMENT- Avec la formation que j’ai reçu, le sens du rythme est devenu une seconde nature…pour la pulsation, si le chef était immobile, c’est moi qui la donne à tout l’orchestre…face à un chef, il faut au contraire savoir suivre, réagir à ses gestes.

 

  1. PERCUSSION ET BEAUX-ARTS.

Otto dix to beauty

HELENE- Je vais maintenant proposer à ton analyse une toile d’Otto Dix de 1922 Pour la beauté. Le peintre s’y représente au centre, tenant à la main un téléphone. Sur sa droite un couple élégant des années folles danse, et à ses pieds, une jeune femme. Sur sa gauche, derrière lui, un homme noir qui rit joue de la batterie  avec énergie, tandis qu’à sa gauche on observe à côté de cymbales un tambourin de Provence, et une grosse caisse frappée grâce à une pédale à ressort, ainsi qu’un klaxon de voiture. Un peau-rouge coiffé de plumes est peint sur la grosse caisse.

CLEMENT- Ce tableau est dérangeant…La percussion est le seul instrument représenté, il n’y a pas d’instrument mélodique. Le noir tape sur une musique de l’enfer, tandis qu’un Indien est représenté à l’endroit où l’on tape…Pour moi, Otto Dix ne prend pas la musique au sérieux, le musicien est un noir, ce qui représente alors l’esclavage, la représentation de sa batterie est compliquée, c’est une machine de l’enfer.

HELENE- Si l’on en croit ce tableau, peut-on associer musique et plaisir facile ?

CLEMENT- Peut-être dans l’acte de l’écouter, mais pour un musicien, la musique demande un effort et des années d’apprentissage. Donc la musique n’a que l’apparence de la facilité.

HELENE- Penses-tu que l’évolution de la musique la conduit nécessairement au jazz, comme semble l’indiquer la présence de ce Noir Américain dans ce tableau ?

CLEMENT- Pas nécessairement mais le jazz est une bonne chose. Ce qui est bon en musique, c’est la diversité.

HELENE- Y a-t-il un lien entre la percu et la mort ?

CLEMENT- Non, pas de lien direct, ça dépend de ce qu’on joue. Néanmoins, dans la mesure où la percu rythme le temps, le rend sensible, elle peut par ce biais dessiner le chemin vers la mort.

HELENE- Peux-tu dire que, comme Otto Dix ici, tu es le metteur en scène quand tu joues avec les autres ?

CLEMENT- Dans une certaine mesure oui, car c’est les percus qui donnent le rythme, sans elles c’est le bazar. Elles pourraient presque jouer sans le chef.

HELENE- Le téléphone symbolise la communication. Penses-tu communiquer quand tu joues ?

CLEMENT- Bizarrement, je ne cherche pas à communiquer, je joue pour moi. Cependant, au sein de l’orchestre, je communique en jouant avec le reste des musiciens…

HELENE- Et avec toi ?

CLEMENT- Oui, c’est sûr, la pratique musicale ne laisse pas indemne et nous transforme, nous donne une partie de notre identité.

HELENE- La scène est encadrée par une architecture très voyante avec des lignes de plafond qui courent selon un point de fuite. Penses-tu que la percu soit l’architecture qui structure les morceaux ?

CLEMENT- Oui, la percu est très efficace pour cadrer la musique, mais ce n’est pas son seul rôle, elle peut être centrale à d’autres moments, et c’est souvent cette alternance qu’on la voit réaliser dans le jazz.

HELENE- Une femme est au pied de l’artiste. Crois-tu que la musique soit un atout en amour, ou en tout cas pour séduire ?

CLEMENT- Jusqu’à maintenant, je n’en faisais pas trop cas, mais en effet je commence à me rendre compte que jouer d’un instrument provoque souvent la surprise et l’admiration des gens avec qui je parle…. C’est une richesse que n’a pas le plus grand nombre…

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Date de dernière mise à jour : 04/04/2018

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