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Interview de Dominique, présidente et altiste

Interview de Dominique Germain par Hélène Bouchard le 11 mai 2017

Photo dominique

PARCOURS MUSICAL

HELENE- Dominique, quel est ton parcours musical ?

DOMINIQUE- J’ai commencé par le piano avec des cours privés de 7 à 9 ans, puis j’ai intégré le ENMD de ma ville, Evry. J’ai ensuite eu la chance d’être sélectionnée à Montesquieu sur concours pour faire un collège en horaire aménagé (classe CHAM), ce qui me permettait d’avoir deux après-midi libérés pour faire de la musique. Au lycée, j’ai intégré le conservatoire municipal, avec un rythme donc plus détendu, et j’ai alors fait beaucoup de musique de chambre. J’ai également participé à l’orchestre Emmanuel Chabrier, dirigé alors par Fabrice Cales. J’ai par ailleurs participé à de nombreux stages d’orchestre et de musique de chambre.

HELENE- Qu’est-ce qui a motivé le choix de ton instrument, l’alto ?

DOMINIQUE- Le piano relevait du choix de ma famille plus que de moi. Je désirais en fait pratiquer un instrument qui me permettrait de jouer en formation. C’est mon père qui m’a orienté sur l’alto, pour éviter le stress de la concurrence qu’on trouve en violon, et aussi parce qu’il connaissait bien mon tempérament et qu’il lui semblait que l’alto me correspondait mieux.

HELENE- Oui, car on dit que chaque instrument coïncide avec une psychologie, et concernant les altos, on les décrit comme des personnes calmes, plutôt intravertis, mais comme de bons camarades, qui forment corps avec leurs collègues, est-ce ton sentiment ?

DOMINIQUE- Tout à fait ! on sent vraiment bien ensemble, on est très solidaires.

HELENE- Et comment vivez-vous les blagues qu’on raconte sur les altos et qui font de vous les « Belges » de l’orchestre ?

DOMINIQUE- Très bien, on sait pratiquer aussi  l’autodérision, d’autant qu’on sait par ailleurs que sans nous, il y aurait un trou dans le tissu musical. On n’a pas la sensation de nous entendre, et pourtant, nous formons le lien entre l’aiguë et le grave.

HELENE- Quels sont tes goûts musicaux ?

DOMINIQUE- J’aime beaucoup la musique de chambre, et concernant la couleur musical, j’aime les œuvres qui claquent, qui dégagent de l’énergie. J’aime beaucoup Ravel dans son travail d’orchestrateur, par exemple dans Petits concertos pour la main gauche, ou Chavrier, plus que Debussy par exemple, qui cherche plutôt à suggérer une ambiance.

PRESIDENCE DE L’ORCHESTRE

HELENE- Depuis septembre, te voilà présidente de l’Osiup, comment vis-tu cette nouvelle fonction et pourquoi penses-tu avoir été choisie ?

DOMINIQUE- Ce fut une chance pour moi d’être précédée de Jean-Jacques au même poste, car il a fait un gros travail de transition, et m’a laissé une « ardoise propre ». Il était difficile lors des élections d’envisager à ce poste une personne trop nouvellement arrivée, ou quelqu’un appelée à repartir assez vite pour des raisons par exemple professionnelles, je pense notamment aux étudiants. Et puis il faut à la fois beaucoup d’énergie et de la présence, en même temps qu’une bonne dose de diplomatie.

HELENE- C’est une fonction fatigante ?

DOMINIQUE- C’est par période. J’ai été très fatiguée en janvier, après les concerts, le reste du temps, je gère plutôt bien mon investissement, mais j’y passe facilement 10 heures par semaine, surtout en communication, par mail et par téléphone. Mais par ailleurs, ça m’apporte beaucoup, car travailler avec les autres c’est travailler sur soi. Je me suis découverte beaucoup plus diplomate que je ne le soupçonnais… et puis, je ne prends jamais les choses personnellement…

HELENE- Quelles sont les différentes facettes de ta fonction de présidente ?

DOMINIQUE- Je suis la représentante officielle de l’orchestre, et j’en suis la responsable légale. Ma fonction essentielle est de tout superviser, la recherche et le choix des salles, le matériel, les partitions, les cotisations et les inscriptions… je dois recevoir et diffuser les informations. Mon rôle privilégié est cependant la relation avec le chef, ce qui génère beaucoup d’échanges. En cas de conflits, ou du moins, de divergences de points de vue, j’ai un rôle de conciliateur. L’orchestre et le CA comportent beaucoup de fortes personnalités, et c’est d’ailleurs une richesse.

MUSIQUE ET LITTERATURE

HELENE- Te retrouves-tu dans ces vers de Baudelaire

« La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir ! »

DOMINIQUE- Quand je joue, je peux en effet ressentir un réel plaisir, par exemple l’île des morts constitue une parfaite adéquation entre une qualité musicale très satisfaisante et une simplicité technique qui nous permet de jouer relativement aisément. Cependant, non, je ne suis pas dans une sensibilité désespérée, ce qui me caractérise encore le mieux, c’est l’énergie.