Interview de Madeleine, violon.

HELENE- Madeleine, tu as 24 ans, étudiante en master 2 en génétique à Jussieu. Tu as commencé le violon assez tardivement, à 12 ans, au conservatoire de ta ville, Montmorency, où tu as pris des cours jusqu’à 19 ans. Qu’est-ce qui a motivé alors ta démarche ?

MADELEINE- A 10 ans j’ai écouté un quatuor qui était venu jouer dans notre école et j’ai alors insisté auprès de ma mère près d’un an, et elle a fini par m’inscrire.

HELENE- Eux-mêmes sont musiciens ?

MADELEINE- Non, mais ce sont de grands mélomanes, ils écoutent tous types de musique. Mon enfance a donc été baignée par cette musique, et mon frère et ma sœur se sont également mis à un instrument, l’un au piano, l’autre à la flûte.

HELENE- Quelles sont tes expérience d’ensembles musicaux ?

MADELEINE- J’ai fait partie d’un quatuor et de l’orchestre de mon conservatoire, puis j’ai intégré l’orchestre du lycée Henri IV en V2 pendant 5 ans, et simultanément l’orchestre Paris Rive droite. Et puis l’année dernière, avec des amis, nous nous réunissions le samedi pour un orchestre à cordes de 8-10 instruments, que des cordes, pour le fun. Ces expériences musicales m’ont énormément plu et m’ont motivée à continuer la musique.

HELENE- Tu as intégré l’orchestre de Jussieu en janvier 2015, c’est donc ici ta 3ème année. Pourquoi cet orchestre, et cela t’a-t-il plu ?

MADELEINE- J’ai cherchais une structure à la fac pour faire de la musique et aussi pour me créer des relations. La première année, je n’ai pas trouvé ça si évident, il y avait très peu de jeunes de mon âge. J’ai donc eu l’idée d’intégrer le CA afin d’aider au recrutement et attirer un public plus jeune.

MEMBRE DU CA dans la fonction communication et vice-présidente.

HELENE- Justement, j’allais aborder ta fonction au sein du CA. Quelles actions as-tu menées en termes de recrutement et de communication ?

MADELEINE- Tout d’abord, j’ai œuvré pour que l’orchestre soit plus visible au sein de l’université. J’ai participé au week-end des associations organisées par l’université, ainsi qu’à différents événements, qui vise à faire se rencontrer les différentes associations de l’université, et je pense que ma présence, en tant qu’étudiante, est attractive pour le recrutement d’autres étudiants. Par ailleurs, je suis porteuse d’un projet de financement auprès de la FAC.

HELENE- As-tu des idées, des projets, pour améliorer encore la communication et l’ambiance au sein de l’orchestre ?

MADELEINE- Oui, bien sûr. J’aimerais organiser des concerts à l’étranger avec tout l’orchestre, ou, peut-être moins coûteux, dans certaines villes françaises en dehors de Paris. J’aimerais également mettre au point des concerts plus ponctuels dans la fac afin de faire découvrir l’orchestre et la musique. D’ores et déjà, les gens communiquent bien lors des dimanches de répétitions, mais j’aimerais les encourager à faire également des choses ensemble en dehors de l’orchestre, par exemple aller voir des concerts. Il y a déjà un groupe de 10 à 15 personnes très soudées, qui se sont rencontrées grâce à l’orchestre et qui se rencontrent souvent en soirée.

HELENE- Et la communication par les réseaux sociaux ?

MADELEINE- Oui, bien sûr, Facebook est un excellent moyen de s’exprimer et de découvrir les autres, j’encourage donc chacun à publier, ne serait-ce que pour parler d’un concert auquel il a assisté, ou sur la musique en général. Chacun peut également publier des photos ou des réactions après les dimanches de répétition ou après les concerts de l’orchestre.

HELENE- Et que dirais-tu d’un trombinoscope réalisé par pupitre, le week-end de la rentrée, afin que chacun puisse au moins mettre un prénom sur chaque visage ?

MADELEINE- Oui, très bonne idée, et les personnes qui ne désirent pas être dessus se mettront simplement de côté à ce moment-là.

MUSIQUE ET LITTERATURE

HELENE- J’ai choisi pour toi en littérature un romancier surtout connu dans l’entre-deux guerres, Romain Rolland, auteur du roman fleuve Jean-Christophe. Le colloque qui a été réalisé en octobre 2012 (Journées internationales Romain Rolland) en Bourgogne, a été l’occasion d’explorer la contribution majeure de de Romain Rolland à la musicologie, qui était son domaine universitaire avant qu’il ne devienne écrivain. Son œuvre est donc imprégnée par cette formation musicale. Il insiste notamment sur le rôle de la musique dans la communication, entre l’homme et la transcendance, entre l’homme et les autres hommes dans une confrontation des cultures qui dépassent les mots, et enfin entre soi et soi. As-tu cette vision d’une musique vectrice de communication ?

MADELEINE- Le plus évident pour moi, c’est la communication de soi à soi. La  musique permet d’extérioriser beaucoup de sentiment, et d’évacuer le stress. Quand j’étudiais le violon, la musique était différente selon l’état dans lequel j’étais. Entre les hommes, la musique établit également des rapports très riches, notamment entre les différents pays. A Jussieu, nous avons des Erasmus qui nous rejoignent le temps de leur séjour en France –cette année nous avons deux Erasmus Allemands, mais les années précédentes, nous avons eu également des Anglais, une Australienne, un Espagnol… -. Et puis, c’est un partage qui réunit les générations. Grâce à Mehdi, on communique tous ensemble, on a du plaisir à être là, non seulement pour la beauté, mais aussi parce qu’on forme un groupe uni. Et puis, il y a la communication avec le public, c’est un partage. J’invite à chaque concerts des amis, et s’ils ne viennent pas, je me sens frustrée de ne pas avoir pu partager ce moment avec eux.

HELENE- Et pour le rapport à une transcendance ?

MADELEINE- J’ai moins de réaction. L’œuvre jouée m’apporte énormément, c’est comme une nourriture.

HELENE- Penses-tu qu’il y ait une entité de l’œuvre, c’est-à-dire qu’elle aurait une existence indépendante, objective, qu’elle serait comme une personne avec laquelle on a une relation ?

MADELEINE- ça dépend des œuvres. Certaines symphonies de Chostakovitch me donnent l’impression d’un char qui avance vers moi… dans mes dernières années de cours, on me faisait improviser à partir de reproduction d’œuvres picturales, et la musique alors semblait surgir de l’image, comme d’un au-delà. Et puis, dans l’orchestre, il y a une extériorité de la musique en ce sens que la musique finalement produite transcende la volonté et l’action de chacun des musiciens qui exécute sa partie. Elle échappe même au compositeur qui l’a conçue, puisqu’elle s’incarne, de façon différente et à chaque fois fugitive, grâce aux orchestres qui la réalisent. Souvent, j’écoute ce qu’on joue dans un total sentiment d’étrangeté…

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Date de dernière mise à jour : 17/12/2017