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Interview de Marie-Do, altiste

Interview de Marie-Dominique, ALTO,  réalisée le dimanche 30 juillet 2017 à Strasbourg par Hélène Bouchard

Photo marie do

            •           Un parcours musical particulier

 

HELENE- Marie-Dominique, ton parcours en musique est pour le moins atypique : tu as d’abord  chanté dans deux chorales de 12 à 19 ans, celle de ton lycée d’abord, puis au sein d’une chorale d’adultes où l’on chantait des œuvres avec orchestre…

MARIE-DOMINIQUE- Oui, on y jouait de grandes œuvres comme le Gloria de Vivaldi, le  Requiem de Fauré, Nicolas de Flüe d’Honegger….). Cette première prise de contact avec la musique m’a fait l’effet d’un coup de foudre et a orienté toute ma vie. Nous étions sous la direction de Jean LAISNE, qui vient de mourir en mai dernier, et j’en ai été très attristée car ce chef d’orchestre a changé ma vie.

HELENE- Puis tu as arrêté la musique ?

MARIE-DOMINIQUE- En effet, j’étais de Bourges, et mon métier m’a amenée à déménager à Paris. J’ai cependant repris le chant au bout de 15 ans, à 34 ans, au choeur et orchestre Telemann, sous la direction de Alain Bourgenot, dans une chorale avec orchestre. C’est alors que j’ai entrepris de réaliser mon rêve: jouer un instrument à cordes. Le chef d’orchestre qui nous dirigeait m’a conseillé l’alto, pourquoi pas ? J’ai donc commencé un cursus dans un conservatoire de banlieue, auditions et examens avec les enfants de la classe d'alto, ce qui était intéressant et étrange !

HELENE- Tu as intégré rapidement un orchestre ?

MARIE-DOMINIQUE- Au bout de 2 ans d’instrument,  j’ai intégré l’orchestre Telemann, basé d’abord à Meudon, puis à la Garenne Colombes. C’est sûr qu’au début, je simplifiais beaucoup la partition !10 ans après mes premiers cours, j’ai rejoint en plus le Cercle symphonique de Colombes (qui n’existe malheureusement plus). Mon objectif de départ était de jouer le grand répertoire symphonique, et là j’ai été servie ! On a joué la 8ème de Dvorak, la seconde de Bruckner, Une bonne partie de l’œuvre de Schuman…

HELENE- Et comment as-tu rejoint l’OSIUP ?

MARIE-DOMINIQUE- …lors du  stage d’été 2013, à Roscoff, et je suis restée ! J’ai trouvé dans cet orchestre un ensemble de ce que je recherchais : Un grand répertoire, des répétitions hebdomadaires avec un dimanche mensuel, un stage annuel…La diversité générationnelle et l’aspect international de cet orchestre me plait également beaucoup : les jeunes apportent leur énergie et leur fraîcheur, et les plus vieux assurent un suivi qui importe beaucoup pour l’identité de l’orchestre.

HELENE- …et tu tiens donc beaucoup à ce rendez-vous hebdomadaire à l’OSIUP ?

MARIE-DOMINIQUE- Pour moi « La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil », pour reprendre les mots de Nietsche, je ne peux pas concevoir ma vie sans ça….et l’orchestre, ça a toujours été mon rêve, jouer dans un orchestre nombreux : tu es toi-même, mais en même temps, ta personnalité est dépassée car tu dois te mettre au service des autres, et donner la meilleure partie de toi-même, tu dois te fondre dans la personnalité de l’orchestre…

            •           Marie-Do et la musique

HELENE- Es-tu issue d’une famille de musiciens et pourquoi la chorale ?

MARIE-DOMINIQUE- Pas du tout ! Mes parents étaient enseignants, mon père n’était pas du tout musicien, mais ma mère avait une guitare et chantait en s’accompagnant, elle écoutait beaucoup de musique, du Schubert, du Beethoven… je pense donc que j’ai bénéficié d’une imprégnation. Mes parents m’ont poussée, contre mon gré, à intégrer une chorale à 12 ans… j’y suis allée à reculons, mais ce fut la révélation, ça m’a tout de suite plu !

HELENE- Quels sont tes goûts musicaux ?

MARIE-DOMINIQUE- J’aime toute la musique classique à partir de Beethoven, les romantiques comme Schumann ou Schubert, le début du XXème, Ravel, Debussy, J’ai adoré jouer les musiques de films l’année dernière (Les pirates des Caraïbes), mais je n’aime pas trop la musique dissonante.

HELENE- Dans la listes des œuvres que tu as joué avec l’OSIUP, quels sont les trois œuvres que tu aimerais emporter avec toi pour l’éternité ?

MARIE-DOMINIQUE- J’ai tout aimé ! Mais pour emporter pour l’éternité, je choisirais tout Beethoven, La Symphonie n°1 de Brahms, et L’île des morts de Rachmaninov…

HELENE- Bon choix pour atteindre l’éternité… ! Charron t’aidera ainsi à naviguer jusqu’à l’autre bord… Quels sont tes rêves les plus fous concernant des œuvres à jouer ?

MARIE-DOMINIQUE- Je rêve de jouer Bruckner, la 3ème, Copland, Bernstein, Philippe Glass ! Mais il me faudrait au minimum une vie supplémentaire pour jouer tout ce qui me fait envie !

HELENE- Depuis peu à la retraite, tu as été toute ta vie professionnelle chef opérateur du son à Radio France…

MARIE-DOMINIQUE- Oui, nous devions choisir entre vidéo et son, et entre son télé ou son radio. J’ai choisi son radio car c’est vraiment le son qui m’intéressait. Je devais enregistrer puis procéder au montage, et concernant la musique, j’avoue que mes capacités à déchiffrer une partition m’ont été très utiles…Puis j’ai fait de l’antenne, en direct, mixage derrière une console de prise de son, en suivant un conducteur. J’ai adoré ce métier… Les contraintes, c’était le roulement 24h sur 24, jour et nuit, semaine et week end et jours fériés, et également le fait qu’à l’époque, le métier était très masculin, en tant que femme j’ai dû m’imposer et faire ma place…

            •           Musique et beaux-arts

 

Violoniste vert

HELENE-  Je te propose maintenant de t’exprimer sur le tableau de Chagall, Le violoniste vert, 1923-1924 : On y voit un violoniste à la peau verte, en redingote violette, qui semble danser en jouant, avec deux maisons à ses pieds et deux maisons au-dessus de lui, et ce personnage du violoniste sur les toits a inspiré à Joseph Stein une célèbre comédie musicale de Broadway au titre homonyme, adaptée au cinéma par Norman Jewison…

MARIE-DOMINIQUE- Ce que m’inspire ce tableau, c’est l’élévation : d’un côté, ce violoniste a les pieds bien ancrés dans la terre, il est stable sur les toits des maisons, et cette stabilité est renforcée par le thème du carré (4 maisons, des carrés dans le motif du pantalon, une découpe un peu cubiste du veston), et cependant on a un mouvement ascendant, l’échelle à droite, l’animal en bas à gauche debout sur ses pattes, le petit musiciens à gauche qui brandit son violon vers le haut, et, tout en haut, les nuages, où un homme semble voler : quand on joue de son instrument, on a ce double aspect : il faut être à la fois stable, ancré, concentré, c’est très physique, il faut donner beaucoup d’énergie, mais en jouant, on a la sensation que notre âme s’élève vers les hauteurs, par la musique on accède à une sorte d’état onirique, en effet on vole…
 

HELENE- As-tu déjà fait l’expérience particulière d’une sorte de béatitude en jouant ?

MARIE-DOMINIQUE- Oui, c’est une expérience très particulière… Nous jouions l’adagio pour cordes de Samuel Barber lors de la session « Viva l’orchestra » en 2016 à Radio France… Tout à coup, je me suis sentie décoller, j’ai quitté le corps, et ça a été très difficile de revenir, très difficile…

HELENE- On peut qualifier cela d’expérience mystique ?

MARIE-DOMINIQUE- Oui, même si je ne suis pas du tout dans la religion, je peux dire que pratiquer la musique, c’est pratiquer une forme de spiritualité…

 

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Date de dernière mise à jour : 17/12/2017