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Interview de Philippe, flûte

Interview de Philippe, FLUTE TRAVERSIERE, réalisée le 3 août à Strasbourg par Hélène Bouchard

Photo 1 philippe 

 

  1. Parcours musical

HELENE- Philippe, tu as une vie de musicien amateur très dense, peux-tu retracer en quelques mots ton parcours ?

PHILIPPE- j’ai débuté la flûte à l’âge de 13 ans.

HELENE- Qu’est-ce qui t’a donné envie de cet intrument ?

PHILIPPE- Un jour, un ami de mon grand-père, M. Godefroy, est venu à la maison, et a joué le Menuet de  l’Arlésienne. Cela m’a tout de suite donné envie de jouer de la flûte. Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs. Ma mère était une très bonne pianiste amateur, mariée à 33 ans, elle a arrêté de pratiquer, mais quand son mari est décédé, ses 3 enfants lui ont offert  un piano Pleyel, et elle s’y est remise avec une rapidité surprenante à 65 ans. Elle a fait de la musique de chambre avec moi et les autres musiciens aimaient être accompagnés par elle. Mais  j’ai débuté au Conservatoire du 10ème aarrondissement à Paris où j’ai été « viré » pour chahut  (quand on me connaît aujourd’hui, ça fait drôle), mais j’ai caché ce fait à mes parents, et pour donner le change, j’allais me promener lors de mon cours, et je travaillais très dur à la maison. Au conservatoire, le prof était très désagréable, car il ne voulait s’occuper que de ceux qui voulaient en faire leur métier. Il ne s’occupait pas de nous. Puis par un heureux concours de circonstances,  j’ai été flûte et piccolo au 46ème régiment d’infanterie lors de mon service militaire à Berlin. Celui qui nous sélectionnait m’a dit : « Vous n’êtes pas fort mais je n’ai pas le choix » (leur flûtiste partait et ils n’avaient personne à mettre à ce pupitre). En 1968, à 20 ans, je suis revenu en France, et j’ai repris des cours  avec un professeur très gentil qui habitait Pantin, Monsieur Ferre Bourgeois. Par cette rencontre, j’ai joué 15 ans à l’harmonie et à l’orchestre symphonique de cette ville. Sa mort est intervenue juste avant un concert où l’on jouait l’Arlésienne, c’était très dur…Ce prof était notre soliste. Après son décès, la sœur de la bassoniste Sylviane que tu as connue est devenue soliste, et moi seconde flûte, j’ai connu Sylviane et sa sœur  en 1969.

HELENE- quelle formation préférais-tu, l’harmonie ou  l’orchestre symphonique ?

PHILIPPE- L’harmonie car le chef était professionnel, il avait une super oreille, et les progrès étaient possibles. Ensuite j’ai arrêté car j’habitais loin. J’ai par ailleurs suivi de nombreuses master classes en France avec de grands maîtres de la flûte : nous assistions à des cours donnés à des élèves qui se professionnalisaient. Même si nous ne jouions pas, nous tirions beaucoup de bénéfices  à écouter les  conseils. Mais j’ai un autre domaine musical que la flûte :  depuis 1992, je suis  choriste « Basse » chez Paul Kuentz et encore à ce jour, avec une trentaine de concerts par an dont la tournée d’été annuelle en Bretagne. Le summum pour moi, c’est de participer à une œuvre en tant que choriste et une autre fois en tant qu’instrumentiste, j’ai eu la chance de pouvoir réaliser cela à plusieurs reprises  (Requiem de Verdi,  Messa di Gloria de Puccini, etc).

HELENE- En 1992, tu as 44 ans, comment cela t’est-il venu ?

PHILIPPE- Je faisais un stage de musique de chambre dans le Loir-et-Cher, et j’ai été sollicité pour rejoindre la petite chorale le soir après les répétitions, puis plusieurs années après j’ai vu une affiche recrutant des basses pour le Requiem de Verdi.  Je suis actuellement chef de pupitre des basses aux Chœurs Paul Kuentz. On répète à la maison,  Fleur ou Domitille nous accompagne au piano une fois par mois. J’adore chanter, c’est très différent de la flûte, moins exposé qu’instrumentiste à l’orchestre surtout que nous sommes une vingtaine par voix , il y a le même esprit de pupitre et cela je fais tout pour l’entretenir.

 

  1. L’OSIUP

 

HELENE- Comment as-tu connu l’OSIUP ?

PHILIPPE- Lors d’un stage de musique de chambre à Montrichard, dans le Loir-et-Cher  en 1986, j’ai rencontré le flûtiste Alain Cadiou qui jouait déjà  à Jussieu ; ils ont eu  besoin par la suite d’un piccolo pour la Mer de Debussy, je suis venu dépanner, mais comme j’étais là, le chef, Boris de Vinogradoff ,  a rajouté un morceau avec piccolo , j’avais beaucoup apprécié puis je suis resté car il se trouve que la flûte solo de l’époque voulait passer au saxophone, de ce fait Alain est passé à la première et moi à la seconde !  J’ai trouvé en arrivant qu’il y avait une bonne ambiance et une bonne qualité musicale.

HELENE- Que penses-tu de l’OSIUP maintenant que 30 années ont passées ?

PHILIPPE- Aujourd’hui, l’orchestre est très complet, et l’ambiance est très agréable. On est très nombreux  cette année au stage de Strasbourg. Pour que cela continue, il faut des jeunes, et moi-même je partage volontiers , Domitille joue  la flûte solo au cours de l’année, et j’encourage Clara depuis peu parmi nous. L’ambiance du stage est excellente, le chef est très pro et sa direction est  précise et il a  une très bonne oreille. La relation entre les participants est excellente. Pour ma part  j’aime rendre service c’est pourquoi  j’organise habituellement une sortie durant les stages, mais je vois que de nombreux jeunes sont dans cet esprit, indispensable dans le cadre associatif. Au stage, ça se sent beaucoup, par exemple Sylvain a organisé très dynamiquement la distribution des flyers pour le concert.

HELENE- Etant donné ton parcours, tu dois être ravi de voir au  programme du premier semestre le  Stabat mater  de Poulenc, puisque l’orchestre va accompagner un chœur de 150 choristes ?

PHILIPPE- Ah oui, je suis ravi ! Je voudrais intégrer cette musique avant de la jouer. J’ai acheté le conducteur et l’enregistrement dans ce but. De la même façon, quand je faisais partie de la chorale de chez Peugeot (nous étions 20 à 30 personnes), on nous a proposé de nous fédérer avec d’autres ensembles afin de monter un programme de musique atonale : c’était l’harmonisation des chants populaires français de façon moderne par Guy Rebel. J’ai découvert au bout de plusieurs mois que j’aimais, alors que c’est une musique difficile d’accès quand on ne fait que l’écouter. C’est ce que j’attends de Poulenc.

HELENE- Qu’as-tu préféré dans ce que tu as joué à l’OSIUP ?

PHILIPPE- Le Requiem de Verdi, Le Concerto pour piano n°5 de Beethoven, ça me donne la chair de poule, les Hébrides  de Mendelsonn. J’adorerais rejoindre un chœur pour chanter la 1ère suite  de Daphnis de Ravel ainsi qu’Alexandre Nevsky  de Prokofeiv.

  1. L’instrument

HELENE- La flûte traversière n’est pas ton seul instrument ?

PHILIPPE-En effet, je joue aussi du piccolo, mais par dévouement, je ne trouve pas ça agréable. Je joue également de la flûte basse en ut. Pendant des années, j’ai organisé des quatuors de flûte, avec alto, basse et  piccolo, nous répétions certains  dimanches de 11h à 18h, avec une coupure  quiche ou  pizza.

HELENE- Quel rapport entretiens-tu avec ton instrument ?

PHILIPPE- j’y suis très attaché, je l’ai acheté il y a plus de 30 ans, environ 35 000 francs, il est de très bonne qualité.

HELENE- Travailles-tu ton instrument à la maison ?

PHILIPPE-ça dépend, en appartement c’est difficile, on a un pavillon en banlieue et là c’est plus facile. Je travaille régulièrement 3 heures par semaine et plus avant les concerts et les stages.

  1. La flûte en mythologie : le personnage de Pan.

HELENE- On attribue l’invention de la flûte à Pan, fils d’Hermès, abandonné par sa mère en raison de sa grande laideur : c’est en effet un être mi-homme, mi-animal, doté de cornes et de sabots de bouc. Recueilli par son père, il charme les dieux par son aspect comique. L’invention de la flûte par Pan a pour origine ses désirs lubriques qui le lancent à la poursuite de la nymphe Syrinx...Celle-ci, dans sa course effrénée pour échapper à l’étreinte de Pan, supplie ses sœurs de la changer en roseau. Pan, pour conserver le corps de celle qui lui échappa, coupa 5 roseaux de tailles différentes, et, les solidarisant avec de la cire, créa la flûte de Pan. Retrouves-tu dans cette histoire quelque chose qui concerne la flûte ?

PHILIPPE-En effet, car la flûte est un instrument sensuel, par son rapport avec la lèvre, une muqueuse,  et c’est en partie de là que le son sort, c’est d’ailleurs toute la difficulté de l’instrument.

HELENE- Que penses-tu de cette représentation de Pan par Franz Von Stuck (Dissonances, 1910), où l’on voit le dieu se boucher les oreilles d’un air douloureux à l’écoute du son strident et insupportable d’un petit enfant  cornu qui souffle dans sa flûte ? 

Pan

PHILLIPE- ça ne m’évoque rien, car pour moi, la flûte évoque la douceur,  et je me représente plutôt comme une flûte alto, dont le son est doux. La flûte, c’est le prolongement de mon corps, car physiquement il faut travailler le souffle, la colonne d’air, il faut toujours sentir l’air frais au fond de la gorge, et ne jamais être avachi,  c’est aussi problématique que le passage de l’eau dans un tuyau d’arrosage plié. On doit travailler la respiration, quand le chef dit « Respirez avec moi », c’est excellent… Mais c’est vrai que le son de la flûte peut être insupportable, de même qu’il  peut être divin, et léger, comme dans Peer Gynt, suite n°1 de Grieg  que l’on joue à ce stage, ou dans l’Arlésienne de Bizet…N’oublions pas que Pan est d’origine divine, et que son père Hermès a des ailes aux talons qui lui permettent de marcher quelques centimètres au-dessus du sol…

 

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